This post is also available in: English

Si j’ai choisi de vous présenter Aïssé N’diaye, créatrice de la marque Afrikanista c’est avant tout pour son message, qui est pour moi, très parlant. Elle se distingue des autres marques en mettant au centre de ses créations, des proverbes ou des portraits par exemple. Grâce à cette interview mode, on a le plaisir d’en apprendre plus sur la marque, son storytelling, sa personne…

Quelles sont tes impressions sur la mode africaine ?

Aujourd’hui, je suis contente de l’effervescence qu’il y a autour de la mode africaine. C’est vrai que depuis 2-3 ans, il y a tout un revival autour de l’Afrique. Et le monde entier se tourne vers l’Afrique, et pour nous, créateurs afro-descendants, c’est une bonne chose, parce que ça permet d’avoir une visibilité vis-à-vis de nos produits. Et ça permet aussi d’être connu d’un plus large public.

D’où viennent les inspirations de tes collections ?

Elles viennent essentiellement de mes parents déjà, et ma famille. Et elles viennent aussi de mon ethnie. Je suis issue de l’ethnie Soninké. Je prends aussi de l’inspiration de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest en général, et l’Afrique subsaharienne plus particulièrement. Mais je prends aussi mes inspirations par rapport à l’histoire de l’immigration en France, l’immigration africaine en France.

J’ai remarqué que ta marque de vêtements possède beaucoup de formes d’ empowerment, comme par exemple des épaulettes ou bien encore les proverbes. Est-ce qu’on peut qualifier ta marque de militante, dans un sens ?

On me pose beaucoup cette question. Ce n’est pas que la marque, elle est militante, mais… À travers AFRIKANISTA, je veux vraiment mettre en avant la culture ouest-africaine, la culture subsaharienne, et aussi, il y a aussi la question du positionnement des noirs en France. Et c’est vrai que quand j’aborde cette question, à travers par exemple la collection « Liberté, Égalité, Affaire de papiers », qui est un hommage à l’immigration africaine. Les gens ont tendance à croire que oui, c’est un peu militant. C’est juste de par mon vécu en tant que Française, que femme noire et que fille d’immigrés.

Il faut être fier de ce qu’on est, il faut être fier de ses origines

Pour moi, il est aussi important de contextualiser la place des immigrés, des enfants d’immigrés en France. Et de se dire voilà, qu’aujourd’hui, bien au-delà du fait par exemple, je suis née et j’ai grandi en France, il n’en demeure pas moins qu’on n’oublie pas d’où on vient. On n’oublie pas nos racines. C’est important, cette dualité entre la double culture à la fois occidentale et africaine. Pour moi, ce n’est pas une honte. C’est une fierté. Il faut être fier de ce qu’on est. Il faut être fier de ses origines. Et AFRIKANISTA, c’est ça. C’est revendiquer fièrement ses origines. C’est être en accord parfait avec son identité, et de se dire, voilà qu’aujourd’hui, on vit dans un pays occidental. On est en France.

Mais voilà, même si on n’est pas blanc ni Français de souche, on est Français quand même. On a notre place au sein de la société. Et comme on le sait, dans les pays occidentaux, on a tendance à “invisibiliser” les noirs. Je n’aime pas parler de minorité. Je n’aime pas ce terme. À travers AFRIKANISTA, j’essaie de parler de cette place qu’on a au sein de la société, et que l’histoire de l’Afrique, elle est liée à la France. Pour moi l’immigration, l’immigration africaine en Occident, c’est juste la conséquence de la colonisation.

Très intéressant. Merci beaucoup. Quelle collection représente le mieux ce que tu essayes de faire en tant que créatrice ?

C’est difficile de répondre à cette question, parce que pour les gens qui me suivent sur les réseaux sociaux, qui suivent AFRIKANISTA depuis le début, il y a un cheminement à travers les collections. Toutes les collections sont liées. Par exemple, la première collection « Once upon a time AFRIKANISTA », c’est vraiment la genèse. Cette première collection, c’est vraiment la collection où je mets en avant la photographie africaine.

Mais je mets également en avant les proverbes africains. C’est le point d’ancrage de la marque à travers la photographie, à travers les proverbes africains, à travers les hiéroglyphes égyptiens et à travers les épaulettes en fait. C’est ce qui explique la marque.

La deuxième collection

La deuxième collection, c’est « Liberté, Égalité, Affaire de papiers. » Là, je pars un peu plus dans le détail, en parlant de l’immigration, et de ce que mes parents ont vécu et de l’immigration générale africaine en France. Et la troisième collection, c’est un mixte des deux en fait. C’est la valorisation de la double culture.

Et il y a aussi cette histoire, cette dualité entre les traditions africaines à travers les photographies africaines. Mais il y a aussi certains points de l’histoire française qui y sont contés, comme les tirailleurs africains, comme la Marianne d’aujourd’hui, tu vois ? Donc, tout est lié si tu veux. Les collections sont représentatives. C’est le cheminement de la marque quoi. Aussi à travers la marque, c’est un cheminement personnel. Cela aussi est la quête au niveau de mon identité, en tant qu’Africaine, que je laisse aussi transparaître à travers le textile.

Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux jeunes designers qui veulent aussi faire du Made in Africa ?

A travers cet interview mode, si j’ai un conseil à donner aux designers, ça serait d’avoir un vrai storytelling. Parce qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de créateurs qui se disent créateurs, mais il n’y a pas de fond en fait. Après, ce n’est pas pour me la raconter. Ce n’est pas pour critiquer ou autre. Mais il y a beaucoup de créateurs qui se lancent, où il n’y a pas d’histoire. On fait des vêtements en wax parce que le wax est à la mode, mais il n’y a pas que le wax en Afrique.

Déjà d’une, il n’y a pas que le wax. De deux, pour moi, c’est important d’avoir un storytelling, parce que c’est ça aussi qui va faire adhérer les gens à ton concept. Et de trois, c’est important aussi de se professionnaliser en ayant un statut, en ayant déposé sa marque administrativement, déposé le logo, etc.

C’est important de se professionnaliser, par rapport à la présentation des produits, faire un vrai shooting, pas prendre des photos sur ton iPhone, Samsung, des photos de son portable, et se dire, voilà les photos de mon shooting. Ce n’est pas ça. C’est qu’on travaille aussi avec des professionnels, des graphistes, des photographes, qui vont faire que ça va apporter de la valeur ajoutée à ton projet.